« En dialogue » n° 14 : Charles de Foucauld et les musulmans

L’annonce de la prochaine canonisation de Charles de Foucauld a semblé une occasion idéale à En Dialogue pour lui consacrer un dossier dans ce nouveau numéro, d’autant plus qu’elle a suscité de vives réactions de la part de ceux qui ne voient en lui qu’un instrument de la colonisation française en Afrique du Nord.

Les auteurs des différents articles de ce dossier ont tous en commun de mettre l’accent sur l’image controversée qu’offre la figure de Frère Charles, ses ombres et ses lumières, tout en mettant en garde contre une lecture anachronique du personnage et de son action autant sur le plan politique qu’ecclésiologique.

Charles de Foucauld est un fou de Dieu mais aussi un homme de son temps, marqué par sa culture, celle d’une France, et aussi d’une Église catholique, expansionniste, colonisatrice et sûre de sa supériorité.

S’il est un homme auquel on peut appliquer la formule « Dieu écrit droit avec des lignes courbes », c’est bien Charles de Foucauld comme le montrent de diverses manières les auteurs qui majoritairement ont nourri leur propre vocation de l’itinéraire du bienheureux.

Cela dit déjà la fécondité d’une œuvre qu’il ne verra pas de son vivant, mais qui se dit à travers les nombreuses congrégations ou associations se réclamant de sa spiritualité, mais bien au-delà de personnes engagées comme lui à la suite de Jésus, cherchant à l’imiter.

S’il ne se démarque pas de la culture de son temps et d’une Église partant à la conquête du monde dans les pas des colonisateurs, Charles de Foucauld se laisse, lui, conquérir par Dieu et par l’autre, reflet de son visage. A la suite du Dieu qui s’incarne, le frère Charles va s’incarner dans une culture qui lui est étrangère, cherchant à la connaître et épousant sa langue. Il suit et cherche à imiter Jésus, « au risque de l’autre », et devient saint par « la sainteté des autres ». Lui qui voulait se donner apprend à se recevoir de l’autre, à recevoir sa vie d’un peu de lait offert par des femmes touaregs pour le sauver de la mort. Il reçoit des musulmans le sens même de Dieu, le Dieu plus grand, perle précieuse qui lui fait tout quitter passant du mondain à l’universel.

Sa vie de renoncement qui fait « qu’il a tout quitté pour avoir ce qu’il n’avait pas » interroge son ami, le chef touareg Moussa Ag Amastane, qui visitant le château de sa sœur, lui dira : « Et toi, tu es à Tamanrasset comme el-meskine [en français : le pauvre] ».

Parmi tous les articles émanant de chrétiens, le texte d’Ali Merad extrait du livre qu’il a consacré à Charles de Foucauld est précieux. Il souligne le rôle qu’il a pu jouer simplement par sa présence et son choix de vie auprès des populations touaregs. Si comme les autres auteurs, il note ses « maladresses et erreurs de jugement », Ali Merad, présente sa vie comme « une interpellation pour la conscience musulmane tout autant que pour la conscience chrétienne ».

Si Frère Charles cherche à évangéliser, il va peu à peu se laisser convertir, évangéliser lui-même, étonnamment par la « sommation de l’islam », l’islam qu’il reçoit comme « un bouleversement », l’expérience de l’hospitalité, la force de la fraternité de ceux et celles parmi lesquels il vit simplement.

Parlant de Charles de Foucauld, les auteurs de ce dossier partagent, pour la plupart, leur propre itinéraire de rencontre de Dieu par la rencontre de l’autre, croyant d’une autre religion, et l’enracinement, enrichissement de leur propre identité par la rencontre de l’altérité. Invitation est faite ainsi au lecteur à vivre sa foi et la mission, non dans une visée expansionniste, prosélyte, cherchant à ramener l’autre à soi, – prenant le risque d’une moisson stérile, comprise en termes de conversion et de nombre, comme le vit et le dit Charles de Foucauld lui-même -, mais dans cet effacement de soi qui laisse toute sa place à l’autre et au Tout Autre à la manière évangélique du Christ Jésus.

Charles de Foucauld n’est pas présenté ici comme un précurseur dans le regard porté sur l’islam ou le dialogue interreligieux, mais comme le précurseur à l’image de Jean Baptiste montrant la voie du Christ. Il apparaît surtout comme celui qui, par sa vie, s’est fait frère universel et qui, comme l’écrit Ali Merad, a été, « à travers la nuit insondable du désert, cette fragile lumière comme l’annonce joyeuse d’une fraternelle présence ».

Cette fragile lumière peut sans doute éclairer encore les nuits de notre monde et nous aider à mettre en œuvre cette fraternelle présence avec ceux et celles qui sont nos compagnes et compagnons de route, dans le monde d’aujourd’hui, comme le rappellent plus loin dans ce numéro les deux textes sur la fraternité.

Sœur Colette Hamza, directrice de l’ISTR de Marseille, directrice-adjointe du SNRM

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