Les militants du djihad

A partir d’une large enquête menée en Europe, portrait d’une génération de militants, hommes et femmes, qui, de 2010 à 2019, ont choisi le djihadisme.

A l’importante bibliographie déjà parue depuis plusieurs années sur la question des jeunes partis en Syrie rejoindre l’Etat islamique, l’ouvrage de Benjamin Hodayé, agrégé d’histoire, et d’Hakim El Karaoui, de l’Institut Montaigne, vient dresser le portrait d’une génération de militants, hommes et femmes, qui, de 2010 à 2019, ont choisi le djihadisme. L’originalité de ce travail est de s’appuyer sur une enquête rassemblant plus de 1.460 parcours de personnes issues d’Allemagne, Belgique, France et Royaume-Uni, la moitié étant française, et de proposer de nombreux outils statistiques sous forme de cartes, tableaux et graphiques.

Les auteurs ont fait le choix de considérer ces djihadistes comme des militants, situés au croisement de trois cercles démographiques : les jeunes, les musulmans et les habitants des quartiers populaires. Ils considèrent en effet le djihadisme comme une idéologie à part entière et, dans le même temps, comme le segment d’une idéologie plus large, l’islamisme, qui elle-même emprunte à l’islam des références religieuses.

Si l’idéologie djihadiste est née à l’étranger, dans le monde musulman, la majorité de ces militants repérés sont des citoyens européens, descendants d’immigrés, à l’avenir incertain et, pour un tiers d’entre eux, convertis. Si les vulnérabilités familiales et personnelles, comme les facteurs migratoires, sont des facteurs facilitateurs au passage au djihadisme, favorisant rupture ou départ, ils ne peuvent pour autant être considérés comme des causes directes du djihadisme. Par contre est essentiel le parcours spirituel vécu par chacun car c’est au cœur de ce rapport au religieux que va se vivre le passage à l’acte de la militance. La propagande instrumentalisant le religieux et les croyances va donc jouer un rôle essentiel dans le recrutement car il va donner un sens à l’engagement qui va jusqu’à prendre une dimension mystique et eschatologique, dans le cadre d’un communautarisme fort, sous la houlette d’un personnage charismatique.

Mais l’hypothèse inquiétante qu’il faudra voir confirmer par d’autres études à réaliser dans les années à venir est que le militantisme postdjihad pourrait réapparaitre après plusieurs années dans les épicentres repérés cette dernière décennie (banlieue parisienne, Roubaix, Strasbourg, Toulouse…) et en milieu carcéral. Les auteurs imaginent alors une alternative. Soit un djihadisme violent, en phase d’une certaine manière avec la sphère complotisme et appelant à la guerre civile avec une société méprisant le musulman. Soit un djihadisme idéologique développant une contre-société d’inspiration salafiste-djihadiste où la violence terroriste serait marginale au détriment d’une pression sociale forte sur les personnes.

Dans leur conclusion, les auteurs soulignent que « le djihadisme est un engagement fondé sur une vision religieuse du monde ». Il faut donc le combattre, non seulement par des réponses sociales, éducatives et psychologiques, mais aussi avec des arguments religieux. En un mot, il faut aborder la personne dans sa globalité, sans minorer tout ce qui est de l’ordre du sens car l’homme contemporain n’est pas qu’un consommateur.

Ces remarques peuvent nous aider à mesurer les enjeux du drame que traversent actuellement bien des pays africains, en particulier subsaharien, confrontés à une violence djihadiste en expansion et qui trouvent des relais au sein des populations. Il y a donc urgence à réfléchir à une action concertée entre les politiques, les économistes, les aménageurs du territoire, le monde enseignant, les éducateur et les hommes de foi.

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