Mahomet l’Européen. Histoire des représentations du Prophète en Occident

Le prophète est le sujet principal de ce livre. Cependant, avec Mahomet, c’est la place de l’islam et du Coran que nous sommes invités à découvrir.

Nous sommes assez familiers avec les présentations négatives de Mahomet comme idolâtre, hérétique, charlatan, faux prophète, fléau divin pour châtier les chrétiens d’Orient etc, etc… Nous sommes moins habitués aux images plus positives présentées assez récemment par des scientifiques ou par des spécialistes de rencontres interreligieuses. Mais c’est déjà en 1453 que Nicolas de Cües soulignera les bonnes intentions de Mahomet et se fera ainsi l’apôtre du dialogue interreligieux. Car pour lui, Mahomet est un « guide inspiré (même imparfaitement) dont Dieu s’est servi pour répandre le monothéisme et abolir l’idolâtrie » (p. 128-134). Malheureusement, son point de vue ne sera pas repris, au moins dans l’immédiat.

Durant le premier millénaire, les érudits et intellectuels vont se pencher sur le phénomène Islam. Ils vont chercher à pénétrer dans la culture arabe et le texte du Coran. Un certain Goldziher (et il ne sera pas le seul), hongrois de naissance, va même apprendre l’hébreu et l’arabe ; ses travaux sont parfois regardés comme les fondements de l’islamologie européenne (p. 333-341). Quelques temps forts de cette islamologie naissante : le Coran sera d’abord traduit en Latin ; on se penchera aussi sur « l’historia Arabum » ou encore le « de rebus Hispaniae ». Et en 1783 Claude Etienne Savary publiera une traduction du Coran afin de rallier juifs et chrétiens et enthousiasmer les Arabes (p. 278).

Le personnage de Mahomet retrouvera une place de premier plan selon les époques de l’histoire. Ainsi au temps de la Réforme, il sera l’objet d’une attention particulière de la part de Luther ou de Calvin. Mahomet sera vu comme « un réformateur imparfait, critiquable, mais réformateur ». Certains le voient même comme un visionnaire. Luther aurait cherché à comprendre la place de l’islam dans le dessein de Dieu. Selon lui, les Turcs et Ottomans seraient de meilleurs catholiques que les ‘papistes’. Calvin aurait même proposé de détrôner le Pape pour mettre le sultan ottoman à sa place. Un certain Stubbe jugera même que Mahomet a voulu restaurer le Christianisme dans sa pureté. Face à tout cela, on assistera à une levée d’armes des catholiques qui craignent une alliance entre les Ottomans et les protestants. Malheureusement, le front uni face à l’Islam va se disloquer. Néanmoins, le Prophète restera pour beaucoup un personnage positif bien qu’imparfait (p.154-189).

Le Prophète va de nouveau se manifester vers les 17ème/18ème siècles. Victor Hugo parlera de Napoléon comme le Mahomet d’Occident. Goethe saluera en l’Empereur un Mahomet universel. Et si les Français sont d’authentiques déistes musulmans, « Napoléon est leur prophète Corse » dira-t-il. Mahomet sera vu comme un modèle de prince et de conquérant. C’est à la même époque (1734) qu’un certain George Sale fera une présentation scientifique de la vie de Mahomet et de la composition du Coran (p. 272-299).

Si on se rapproche de l’époque moderne, John Tolan, fait référence à Louis Massignon ce grand islamologue, plein d’une admiration profonde pour la foi de ses hôtes musulmans. Selon lui, il y a là « un défi spirituel fécond posé au christianisme ». Dans le livre, on fera aussi référence au Concile Vatican 2, à Hans Kung et surtout à Jacques Dupuis qui n’eut pas peur d’écrire : « La révélation est possible après Jésus Christ ; et Muhammad en est la principale illustration même si aucune révélation ultérieure ne peut égaler celle qui a été accordée à Jésus Christ » (p. 364).

Dans sa conclusion John Tolan fera un rappel des images diverses et contradictoire concernant le Prophète. Il y a même eu des portraits polémiques dont certaines images perdurent encore. Il reste que Mahomet et l’Islam peuvent être considérés comme partie intégrante de la culture européenne et que Mahomet garde une place de premier plan sur la scène européenne depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Personne, musulman ou non, ne peut prétendre détenir le monopole de la vérité sur le prophète de l’Islam (p. 377-384).

Espérant que ces quelques lignes vous auront « mis l’eau à la bouche » et que vous n’hésiterez pas à consulter et même lire ce volumineux ouvrage. Vous ne le regretterez pas. Vous découvrirez que Mahomet, à l’exemple de beaucoup de grands hommes, bien que décédé en 632, est toujours très présent dans la culture d’aujourd’hui. Et cette présence ne se limite pas aux musulmans.

Gilles Mathorel, pb

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