La controverse. Dialogue sur l’islam

Un livre qui prendra sa place dans toute bibliothèque d’islamologie. Il retrace la rencontre et le dialogue entre deux philosophes : l’un, français, tandis que l’autre est sénégalais et musulman convaincu.:

Plutôt que de donner un jugement de valeur sur leur dialogue, il sera plus bénéfique d’être attentif à la présentation par Souleymane Diagne de certains aspects de l’islam qui a une profondeur que nous connaissons mal.

L’aggiornamento de l’islam revient souvent dans les propos de Souleymane Diagne. Pour lui, l’islam comme les autres religions doit être en mouvement. Il doit se réinventer (p.14-18), se réveiller (p. 115) et ainsi réaliser une certaine reprise de soi (p. 13, 15, 19) Car la Tradition islamique n’est pas un donné statique, immuable. Elle ne consiste pas à se répéter (p. 164) mais elle doit même se réinventer (p. 150). Ainsi cette tradition doit toujours être objet de recherches. Car le Coran doit être considéré comme un texte ouvert, une parole vivante qui donne naissance à des lectures multiples (p. 39 à 42). C’est dans ce contexte que « le monde musulman, colonisé par l’Europe, doit se réveiller de son sommeil dogmatique et prendre la mesure de son état de faiblesse. » (p. 115)

Dans sa contribution, Rémi Brague se révèle très à l’écoute de son partenaire philosophe et musulman. Au regard de foi et de réflexions philosophique proposé par Souleymane Diagne, Rémi Brague présente un certain réalisme scientifique. Ainsi, il ose demander si Mahomet a véritablement existé (p. 35) ; il dénigre la valeur d’un penseur musulman comme Al-Afghani qu’il présente comme « un drôle de personnage » « Ce n’est même pas sûrs, écrit-il, qu’il ait été vraiment musulman » (p. 115). Et lorsque son partenaire veut souligner la possibilité de liberté en Islam selon le Coran, il réplique « Je vois plus de versets déterministes que de versets appelant à la liberté » (p. 165). Il ajoute en plus à propos du Livre Saint des Musulmans qu’il s’agit du livre le plus ennuyeux du monde (p. 167), tout au moins pour les non musulmans. Beaucoup l’achètent, mais le lisent-ils, prends-t-il soin de préciser.

Devant une telle approche si critique, le lecteur pourra apprécier une des réponses à Rémi Brague quand Souleymane Diagne se permet de souligner : « Il n’est pas indiqué de raconter des histoires africaines lorsqu’on n’a pas l’élégance d’être nègre » (p. 129). Autrement dit, il faut montrer une certaine réserve pour parler de l’islam quand on n’est pas musulman.

En conclusion, on pourra apprécier la postface de Rémi Brague qui parle de « controverses civilisées et de joutes courtoises » (p. 174) tandis que Souleymane Diagne nous invite à vivre d’un amour « qui ne finit pas aux frontières de ma tribu » mais viser à l’universel pour vivre et aimer « le multiculturel » (p. 181). On pourrait être très critique sur les avancées de Rémi Brague. Mais avant de le juger, on pourrait confronter ce qu’il dit dans ce livre avec un de ses livres précédents « Sur la Religion » aux éditions Flammarion (2018). Il y fait plusieurs références à l’Islam.

Enfin, nous empruntons notre conclusion à Michel Eltchaninoff qui a introduit le livre et conclut : « Si le lecteur referme ce livre un peu plus instruit et si certaines de ses certitudes ont été ébranlées, cette controverse aura porté ses fruits » (p. 12). Bonne chance, ami lecteur !

Gilles Mathorel, pb

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