Le prophète de l’islam et les femmes de sa vie

Nous avons là un livre très intéressant et relativement facile à lire. Le point central du livre reste le Prophète Muhammad avec ce qui est au centre de sa vie, c’est-à-dire sa famille féminine : sa maman, sa nourrice et gouvernante, ses deux épouses successives, Khadija et Aïcha, sans oublier ses quatre filles et sa petite-fille née cinq ans avant sa mort. Voilà celles qui ont constitué la vraie famille du Prophète et qui ont contribué à son épanouissement d’homme et de Prophète. On pourrait dire que c’est un livre à la gloire de l’homme véritable qu’a été Muhammad.

L’auteure, Asma Lamrabet, est une théologienne musulmane engagée. Marocaine d’origine, elle a dû s’exiler avec ses parents et a travaillé comme médecin volontaire au Chili et au Mexique. En 2011, elle devient directrice du Centre d’études féminines en islam au Maroc avant d’en démissionner sous la pression de l’institution religieuse, heurtée par sa prise de position pour l’égalité dans l’héritage entre femmes et hommes. Ses publications sont déjà nombreuses : on en compte sept entre 2002 et 2016. En 2013, elle a reçu un prix en sciences sociales décerné par l’Arab Woman Organization pour son livre Femmes et hommes dans le Coran : quelle égalité ?

Dans ce nouvel ouvrage, l’auteure s’appuie sur ce qu’on peut connaître, avec plus ou moins de certitude, de l’histoire du Prophète et des premières années de la communauté musulmane. Et à vrai dire, on connait peu de choses à ce sujet. Elle ne va donc pas faire un traité d’histoire mais elle va essayer – selon ses propres termes – « une approche de la personnalité du Prophète à travers plusieurs figures féminines emblématiques ». Il s’agira pour elle de relire « l’humain dans le sacré » (cf. Avant-Propos). Ainsi elle compte cinq femmes qui ont bel et bien marqué la vie du Prophète (p. 101) Elle va consacrer son chapitre 5 à Khadija, sa première épouse, et le chapitre 8 à Aïcha, « l’autre femme de la vie du Prophète » et pour laquelle notre auteure est pleine d’éloges. Elle fait ensuite une courte présentation des quatre filles que le Prophète eut avec Kahdija, tandis que le dernier chapitre nous parlera de Zaynab, sa petite fille, qui sera un peu l’héroïne de la bataille de Kerbala.

On pourra se pencher avec attention sur les dix pages de conclusion : « Quels enseignements pour notre réalité d’aujourd’hui ? ». Bien sûr, elle est heureuse de nous inviter à faire revivre le féminin de l’Islam. Il y a une tradition tristement déshumanisée, « une tradition que l’on nous présente le plus souvent dénuée d’amour, de confidences, de fragilité, d’erreurs humaines, de compassion, de liberté » (p. 239). Elle nous invite donc à prendre nos distances avec « l’imaginaire populaire face au prophète pour retrouver le message en filigrane, la moralité de l’histoire, l’exigence spirituelle » (p. 240).

Voilà un livre à la portée de tout le monde. Très pédagogique, il nous est un constant rappel des racines arabes de l’Islam et du Prophète. C’est pourquoi certains textes sont cités avec aussi leur rédaction originale en arabe. De même, on se souviendra que l’Islam parle souvent des « religions du livre » : Judaïsme, Christianisme, Islam. Dans cette perspective, les rencontres et dialogues avec la divinité ne seront pas Dieu et le Prophète, mais le Coran et le Prophète.

Gilles Mathorel, pb

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