Le jihadisme français. Quartiers, Syrie, Prisons

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Voilà un livre un peu volumineux ; mais il est relativement facile à lire. Les trois lieux mentionnés sur la couverture n’ont aucun lien entre eux si ce n’est qu’on peut trouver en chacun d’eux des « jihadistes ». L’auteur cherche donc à pallier nos méconnaissances en nous présentant « des connaissances empiriques » (p. 15) sur ces phénomènes du jihadisme ou du terrorisme islamique. L’auteur et son équipe se sont donc mis à l’écoute des jeunes. Leurs découvertes ne peuvent pas nous laisser indifférents.

Les jeunes qu’ils ont pu rencontrer sont pour la plupart épris d’idéal pour eux-mêmes et la société qui les entoure. A leur égard, on pourrait facilement parler d’utopie (p. 35-41) mais ce sera une utopie mobilisatrice qui favorisera leur départ et engagement en Syrie ou autre part, au service de leurs frères de là-bas. Ils le font non pas tellement pour faire la guerre, mais pour ouvrir la voie aux suivants et ainsi élaborer un lieu de vie islamique qui soit parfait. On peut ainsi parler d’une « contre-société » qu’ils cherchent à mettre en place (p. 102) et ainsi faire naître « une Terre Sainte à sanctuariser » (p. 153-157) Mais tout ne fut pas « rose » pour eux ou elles.

Rapidement, certains vont déchanter. Ils venaient pour aider et furent forcés « à faire allégeance » au régime de Syrie. Immigrants, ils pensaient garder un statut de « dominants », ce qui ne fut pas le cas. Alors, oui, pour beaucoup, ils aiment dire : « Les Syriens nous ont mal reçus ! » (p. 167). A la fin, le constat est plutôt amer à propos du jihad en Syrie et plus : « Le Jihad est un étau d’obéissance et de brutalité dont l’individu, une fois entré, ne peut plus sortir » (p. 227).

Néanmoins, chez beaucoup, cet idéal reste vivace dans leur cœur. Rentré en France, beaucoup se sont retrouvé en prison, si bien qu’on peut parler à leur sujet de « jihadisme carcéral » (p. 253). Il faut acclimater le jihadisme moyen-oriental au contexte français. Pour ceux de l’extérieur, ces activistes incarcérés suscitent une sorte de fascination (p. 298-302). Même si leur engagement peut être regardé comme un échec, ils se considèrent comme une avant-garde de l’identité jihadiste (p. 324) ; ils se voient même comme une génération intermédiaire (p. 324-341). S’il fallait jeter un blâme sur quelqu’un, ce serait sur l’Etat Islamique et son leadership. Maintenant, il faudrait travailler « au changement de la communauté musulmane » (p. 328-334).

De tous ces événements et de ces témoignages reçus dans ce livre, nous avons des leçons à tirer concernant nos relations avec les jeunes musulmans qui nous entourent. Le jihadisme est un idéal, mais ne le réduisons pas aux attentats (p. 153). Des amis musulmans ont fait des erreurs. Entre leurs mains, le jihad est devenu comme la finalité alors qu’il n’est qu’un moyen (p. 331). A notre tour, ne confondons pas l’idéologie salafiste avec l’islam (p. 373)

Ce livre peut nous aider à faire face à la réalité de ce terrorisme sanglant que nous ne pouvons que condamner. Cependant, nous sommes aussi invités à voir derrière tous ces événements des hommes plein d’énergie ; des hommes blessés dotés d’une énergie qu’il faudrait réorienter. A nous d’y travailler, avec eux… si possible !

Père Gilles Mathorel

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