Douce France, où est (passé) ton bon sens ? Lettre ouverte à un pays déboussolé

SONIA

Sonia Mabrouk est une Française d’origine tunisienne. Journaliste de profession, elle a aussi été enseignante à l’université. Après un essai et un roman, ce livre est sa 3ème publication. Cette lettre à un pays déboussolé est véritablement adressée à nous tous. Elle nous invite à un chemin de guérison en redécouvrant une certaine sagesse populaire, siège du « Bon Sens ». L’auteure est-elle musulmane ? Cela ne nous est pas dit expressément. Malgré tout, elle semble ne pas renier sa culture d’origine quand elle écrit en page 99 : « Notre responsabilité, à nous autres français musulmans, est réelle. »

Dans cette lettre qu’elle nous adresse, l’auteure nous invite à une rencontre positive entre Français de souche et migrants, entre chrétiens et musulmans. Cela voudra dire : ne pas renier ce que nous sommes essentiellement. Pour les Français, ce sera retrouver et respecter nos racines chrétiennes que nous ne pouvons pas renier : « Le dire et l’admettre ce sera faire de la diversité religieuse une force et non une peur, voire une boîte à fantasme. » (p. 85). De l’autre côté, nous devons garantir à l’islam une place solide à partir de laquelle les musulmans pourront se soumettre volontairement aux lois de la république (p. 98). Ce n’est qu’à partir du moment où chacun des deux partenaires sera pleinement lui-même qu’une vie commune et harmonieuse sera possible. « Si nous laissons mourir la civilisation islamique, nous dit-elle encore, ce sera comme ouvrir un boulevard à l’islamisme » (p. 99). Tout ceci contribuera à la naissance de ce qu’elle appelle « le citoyen augmenté, fort de ses racines et solidement ancré dans le pays hôte » (p. 33).

Voilà l’idéal recherché ! Mais pour y arriver, il faudra passer par des réformes et conversions. L’auteure ne rentre pas dans les détails de cette réforme. Cependant elle affirme de manière globale que sans réformes de l’islam, il n’y aura ni émancipation individuelle, ni respect de l’altérité confessionnelle, ni affranchissement idéologique, ni rejet de la violence (p. 132). Ainsi, avec l’islam réformé, les musulmans pourront retrouver une certaine fierté, « la fierté de la grande civilisation arabo-musulmane » (p. 105). Ce n’est pas facile d’y arriver. Elle propose alors de cimenter ces rencontres grâce à la redécouverte de la spiritualité et du sacré. C’est à chacun de nous de retrouver le sens de ce sacré. Les valeurs évangéliques en sont un aspect (p.96).

Les dernières lignes de son livre sont éclairantes et valent la peine d’être citées : « Si l’on peut se passer de religion, il me semble impossible, voire suicidaire, de faire l’impasse sur toute forme de spiritualité, y compris laïque et sans aucune croyance en l’existence d’un Dieu créateur du monde. Le sacré peut nous rassembler dans ce monde qui ressemble à un archipel. Tant qu’il y aura du respect pour lui, tant que subsistera une révérence pour le mystère de l’âme, tout ne sera pas complètement perdu ».

Un livre facile à lire qui pourra interpeller aussi bien les chrétiens que les musulmans. Sonia Mabrouk est très méfiante vis-à-vis des « technocrates » qui nous dirigent. Ceux-ci nous imposent peut-être des solutions. Mais il faut savoir y joindre la sagesse populaire et le bon sens.

Père Gilles Mathorel

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