Les minorités religieuses en France. Panorama de la diversité contemporaine

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Au prime abord, ce livre avait tout pour déplaire : son prix (39,90 euros), son épaisseur (1312 pages), son poids (795 grammes) et son titre déroutant, pour peu qu’on parcoure la table des matières. Ne laisse-t-il pas entendre que les catholicismes sont des religions minoritaires ? Pourtant, si l’on fait l’effort de s’asseoir confortablement, de l’ouvrir et de le lire, on comprend rapidement qu’il va devenir un livre de référence et indispensable pour tous ceux qui s’intéressent au pluralisme religieux dans l’Hexagone ou qui sont des acteurs de terrain pleinement impliqués dans le dialogue interreligieux ou interconvictionnel.

Fruit du travail d’équipes pluridisciplinaires de plusieurs laboratoires de recherche d’universités françaises, cet « atlas des minorités religieuses en France » met à la disposition de tous – et en un seul recueil – une masse de données historiques, sociologiques, anthropologiques et statistiques jusqu’alors disséminées ou inconnues. Il aide aussi à prendre conscience de ce qui pourrait bien être un impensable pour les catholiques, à savoir qu’en 2020, ils sont devenus eux aussi une « minorité religieuse » à côté d’une autre minorité qui risque bien de devenir sous peu une majorité – mais qui n’est pas l’objet de ce livre -, à savoir les « indifférents religieux ».

En ce sens, la préface de Danièle Hervieu-Léger est remarquable et doit être lue par tous. Prenant acte de la décatholicisation religieuse et culturelle de la France, elle invite le citoyen français à situer l’affiliation religieuse, en tant que telle, en « perspective minoritaire ». Puis elle évoque « les tendances qui travaillent, de façon transversale, la scène religieuse entière, tous les groupes et institutions se trouvant ensemble confrontés à la marginalisation, au moins tendancielle, de l’affiliation religieuse active ». Mais, dans cette société culturellement sortie de la religion, se manifeste une montée en puissance des courants radicaux et de leurs fidèles, les « intransigeants ». Minoritaires dans la minorité, ils peuvent s’allier « dans un combat commun contre la modernité des Lumières », ce qui n’est pas sans conséquence sur la question de la laïcité, principe fondamental au cœur de la société française. En effet, ces requêtes identitaires « perturbent le système mental et institutionnel de la laïcité ». On comprend mieux alors pourquoi le thème de la laïcité est aujourd’hui omniprésent dans le discours politique.

Mais revenons à notre atlas pour inviter le lecteur à s’y plonger dedans, en commençant peut-être par ce qu’il croit bien connaître. Cela lui permettra de découvrir la méthodologie des auteurs et la structuration de chaque section, au nombre de sept : les religions asiatiques, les catholicismes, les christianismes orientaux, les islams, les judaïsmes, les protestantismes et les groupes « hors classement traditionnel ». Après une introduction générale, chaque groupe est présenté dans le détail à travers son histoire, sa géographie, sa population, ses objectifs, son rayonnement…

Ainsi plus de deux cents pages sont consacrées aux islams. Elles seront lues avec profit par toutes les équipes diocésaines chargées des relations avec les musulmans. Elles éclaireront leurs pratiques profondément enracinées dans le dialogue de vie et les aideront à comprendre pourquoi il n’est pas toujours aisé de rassembler « tous » les musulmans et « tous » les chrétiens autour d’une même table ou dans une même action. Ces diversités s’inscrivent dans des histoires, des solidarités et des théologies qui ne sont pas toujours concordantes, c’est le moins que nous puissions dire.

Comme il n’est pas possible de résumer un atlas, il ne vous reste plus qu’à acquérir cet ouvrage pour lequel il est à souhaiter un prolongement sur Internet pour une mise à jour régulière (triannuelle ?) des données statistiques.

Père Vincent Feroldi

 

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