Réislamisation au Burkina Faso

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Voici un livre abondant de 276 pages d’un auteur assez méconnu du grand public jusqu’à présent. Le titre est tout d’abord un peu ambigu. Réislamisation fait trop penser à l’islamisme sectaire. En fait, à la lecture du livre, il serait plus juste de parler de « réveil » ou de « renouveau » de l’islam au Burkina Faso. Car, en fait, l’Islam était entré il y a longtemps au Burkina, par le biais des « Tariqua » ou confréries soufi. Tout va changer par la venue du pouvoir colonial et la confrontation à la modernité.

Du temps de la colonisation française, l’Islam était connu et respecté mais n’avait pas sa place dans les structures communautaires du pays. Il y avait alors une « hégémonie » des Eglises chrétiennes, spécialement catholiques. Les écoles primaires étaient pour la majorité des anciens villageois « l’école du blanc ». A partir des années 70, l’Islam va se décomplexer et prendre sa propre place dans la nation burkinabé, grâce à la présence et l’action d’universitaires de religion islamique. En douze années, ce sont six cents mosquées qui vont être construites et, aujourd’hui, sur les quarante radios locales existantes, onze sont islamiques. L’ensemble est nourri grâce à une « massification des écrits islamiques » ainsi qu’une certaine arabisation de la culture. Tous ces changements sont guidés et soutenus par l’engagement d’universitaires musulmans organisés en association : AEEMB (Association des Elèves et Etudiants Musulmans du Burkina), CERFI (Cercle d’Etudes et Recherche de Formation Islamique) et OFEMB (Organisation des Femmes Musulmanes du Burkina).

Avec l’auteure, nous entrons dans le concret et même l’intime de la culture locale. D’une part, il y a un travail sur les écoles primaires pour qu’elles ne soient plus « école du blanc », mais école de tous et où les musulmans auront leur place en parité avec les chrétiens. D’autre part, nous avons une présentation des mariages traditionnels présentant la relation homme/femme face aux effets de la modernité. Comme toujours, la médiation des « sages » doit intervenir. Il y avait depuis toujours les « sages » traditionnels. Mais maintenant les « sages » religieux, musulmans ou chrétiens selon les cas, sont consultés. Malheureusement, l’auteure se limite aux contributions et médiations musulmanes. Il aurait été bon de mettre en parallèle les différents types de médiations et d’expliciter un peu plus les risques de concurrence interconfessionnelle.

Un livre intéressant à lire par tous ceux et celles qui ont un intérêt pour l’interreligieux ou pour l’Afrique sahélienne.

P. Gilles Mathorel

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