Le salut comme dia-logue

dia

Alors que le pape François ne cesse, contre vents et marées, d’engager l’Église à poursuivre et intensifier le dialogue avec les croyants des autres religions et tous les êtres humains, dans la diversité de leurs opinions et de leurs cultures, voilà un livre précieux et à la portée de tous, pour retrouver les fondements de ce dialogue que l’Église doit engager avec le monde, selon les textes du Concile Vatican II.

En effet Thierry-Marie Courau, dominicain, spécialiste du bouddhisme, montre dans son ouvrage, le salut comme dialogue, la centralité du dialogue dans la foi chrétienne et le dialogue entendu comme moyen du salut. « Le dialogue, écrit-il, est, comme pour l’Eucharistie dominicale, une expression essentielle de la vie de l’Église ».

Ce livre est d’abord un hommage au pape Paul VI, montrant, à travers sa biographie combien le dialogue a été, au cœur de sa vie de prêtre, d’évêque, puis de pape, la réponse et l’espoir à proposer à un « monde chaotique ».

Cette conviction profonde le conduisit, en plein cœur du Concile Vatican II, à donner à l’Église catholique, à travers son encyclique Ecclesiam suam, « la Magna carta du dialogue ».

L’auteur conduit ensuite à une longue et minutieuse lecture de l’encyclique – utile à tous ceux et celles qui ne la connaissent pas – qui, plus qu’une méthode pastorale, apparaît comme une « esquisse théologique de la mission dialogale de l’Église ». Ce qui est en jeu est la question du salut, conçu par Paul VI comme dialogue.

Thierry-Marie Courau souligne que, dans cette encyclique, c’est la première fois qu’est « mis en relief le caractère dialogal de la Révélation », ce qui induit la manière dont l’Église doit à son tour être au monde, dans ce dialogue de salut.

Passant rapidement sur l’engagement dans le dialogue des papes Jean Paul II et Benoît XVI, dans la ligne de Paul VI, l’auteur en vient directement, en fin d’ouvrage, au pape François et à la place centrale qu’il donne au dialogue, affirmant que celui-ci « n’est pas un accessoire secondaire de l’existence du croyant : il en est au contraire une expression intime et indispensable »

Après avoir suivi et éclairé pas à pas l’encyclique Ecclesiam suam et montré comment Paul VI « en donnant un contenu théologique au dialogue a dessiné une ecclésiologie nouvelle », le dernier chapitre du livre esquisse des pistes pour la recherche théologique et la vie et la place de l’Église dans le monde de ce temps.

L’auteur souligne que le chemin ouvert reste à défricher et à parcourir car, dit-il, « la vision du dialogue du salut inventée par Paul VI et promue par ses successeurs n’a pas encore été vraiment intégrée comme telle par le peuple chrétien et reste ignorée par nombre de théologiens et de pasteurs ». Il est sans doute urgent dans notre environnement de « postmodernité » d’éclairer à nouveaux frais la question du salut qui demeure abstraite, culpabilisante, décalée ou inaudible, pour beaucoup de nos contemporains, même dans sa dimension dialogale.

Car, même dans Ecclesiam suam, l’Église demeure au centre : « elle adresse la parole pour être rejointe ». Le véritable dialogue suppose un décentrement, une primauté de l’écoute, comme le prône et le vit le pape François : « le véritable syndrome de Babel est de ne pas écouter » [1]».

Thierry-Marie Courau souligne que le dialogue n’est pas d’abord le fait d’adresser une parole mais qu’il est dia-logue, traversée du logos, une parole agissante, adressée, écoutée et reçue de part et d’autre. C’est dans ce mouvement que se déploie « la geste du salut ». L’auteur lance donc à l’Église une invitation à passer du dialogue au dia-logue, c’est-à-dire à se mettre d’abord à l’écoute et à se laisser « traverser par le Logos, et par les logoi des hommes » de ce temps.

Ce livre pourra être pour un grand nombre de catholiques une belle initiation à l’encyclique Ecclesiam suam et à la manière dont l’Église entend sa mission en ce monde à la manière de Dieu, en dialogue. Il peut être un bon outil de travail pour des groupes interreligieux. Il est aussi un appel à poursuivre une réflexion théologique chrétienne contemporaine du salut, pour laquelle il ouvre quelques pistes. Il donne aussi des éléments de réflexion pour une ecclésiologie et une théologie de la mission en rappelant à une Église parfois submergée par l’angoisse du petit nombre, qu’il ne s’agit pas d’aller à la rencontre d’autrui, d’abord pour « le ramener à soi, mais pour marcher avec lui, l’accompagner dans sa quête de vie ». Ainsi peut se vivre véritablement l’identité de l’Église comme sacrement du salut.

Sœur Colette Hamza

[1] Discours à la Faculté pontificale de théologie de l’Italie méridionale, Naples, Juin 2019

Agenda

En dialogue

ED9-COUVERTURE

Le mariage islamo-chrétien

le-mariage_col-droite

Twitter