Les chrétiens face aux migrants. Enquête : Accueillir ou rejeter

jova

La rumeur populaire fait souvent un amalgame entre musulmans et immigration. A écouter la foule, il faudrait croire que tous les migrants sont des musulmans et, en cela, ces derniers ne seraient pas les bienvenus chez nous.

Aussi le dernier livre de Pierre Jova est le bienvenu. Il ne traite pas des musulmans en tant que tel mais des migrants seulement. Rien qu’en cela, son livre est des plus intéressants. Mais les problèmes soulevés par la présence musulmane affleurent en bien des pages. Son livre est avant tout une enquête et, de fait, il va rencontrer beaucoup de musulmans mais pas uniquement eux. En bon pédagogue, plutôt que de théoriser, il veut nous faire rencontrer la réalité à travers les personnes qu’elles soient accueillantes ou accueillies. Son ouvrage est plein d’humanité. Il va rencontrer les personnes sur des lieux géographiques – pas seulement en France ! -, aux frontières, mais aussi sur des lieux qu’il dit de « fractures », c’est-à-dire là où on ne pense pas comme tout le monde.

Au cours de la lecture, on pourra être sensible à quelques aspects mettant en évidence les difficultés religieuses des migrants comme « la migration reste un drame qui arrache les êtres à leur territoire, à leur identité » (p. 88) et « il faut permettre aux migrants, déracinés, de renouer avec l’immatériel, la transcendance, l’esprit … » (p. 99).

Un des accueillants n’hésite pas à témoigner : « Je n’ai pas peur des musulmans ! » (p. 87) tandis qu’un chrétien évangélique ajoute d’une manière un peu péremptoire et néanmoins significative : « Des chrétiens qui ont peur des musulmans ne sont pas chrétiens ! » (p. 222). Il faut revenir à l’homme et lui redonner toute ses dimensions. Cet aspect est mis en évidence par deux remarques significatives. D’une part, celle d’un migrant devenu chrétien : « J’aimerai que l’on cesse de me réduire à ma conversion » (p. 284) ; d’autre part, ce Français, africain par ses origines : « Nous sommes chrétiens, point final, pas chrétiens africains en France » (p. 303). Ceci est un appel surtout ne pas « déshumaniser le migrant » (p. 228) qui sera toujours notre frère même si, parfois, il apparaîtra comme notre frère ennemi (p. 224-228).

Quand il veut ménager quelques perspectives futures, l’auteur se tourne vers les chrétiens orientaux qui vivent, selon lui, un triple choc : culturel, professionnel et religieux. Il croit en effet que « c’est à l’oriental chrétien de trouver la meilleure solution pour vivre avec ses compatriotes musulmans » (p. 266).

Face aux migrants et aux musulmans, beaucoup d’entre nous sont non seulement inquiets, mais aussi ont peur. Il est bon alors de se remettre en mémoire les paroles de Monseigneur Aupetit : « L’Evangile a survécu à tout cela parce que l’Evangile a été vécu ».

Ces quelques mots auraient pu être écrits en lettre d’or dans la conclusion, au lieu de ne figurer qu’à la page 246 de l’ouvrage. Peut-être arriverons-nous à vivre ensemble au lieu du côte-à-côte ou pire du face-à-face (p. 102). C’est là le défi que nous propose ce livre.

Gilles Mathorel

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