L’interminable guerre des sunnites et des chiites

L’Iran mobilise actuellement toute notre attention, ainsi que celle des médias et des hommes politiques. Mais nous connaissons mal ce pays…

Cette méconnaissance concerne aussi bien son passé persan et chiite que les rouages de sa vie politique et sociale d’aujourd’hui. A ce titre, le livre d’Antoine Sfeir, réédité en format de poche, pourra être bien accueilli. Il a déjà un titre significatif : des conflits sans fin ont entaché les peuples musulmans. Ce n’étaient pas des conflits seulement religieux, entre sunnites et chiites, mais le livre montre que le facteur religieux a toujours été crucial et déterminant. Aussi ce petit livre concerne essentiellement les chiites, spécialement en Iran.

La 1ère partie donne un aperçu historique des origines du Chiisme (pp. 21- 51). La 2nde partie veut énumérer les spécificités doctrinales et particularités du Chiisme (pp. 51-110). Sur ce point, on appréciera la description du tazieh qui est une coutume traditionnelle, remise en valeur à l’occasion de l’anniversaire du massacre de Karbala et de la mort d’Hussein, le fils d’Ali. C’est dans ce contexte qu’on retrouve le Chiisme comme ayant toujours été une religion de minorités, d’exclus, de persécutés (p. 88).

sfeir

Tout au long de cette lecture, on perçoit bien vite la place incontournable du « clergé » chiite, les mollahs. Il n’est pas directement au pouvoir, mais on ne peut rien faire sans lui. Il est donc caractérisé comme un véritable « contre-pouvoir » (p. 90). Mais ce clergé ne va pas faciliter l’unité des croyants chiites. Le livre nous en donne un aperçu avec les Azéris en Azerbaïdjan, les Hazaras en Afghanistan, les Alevis en Turquie, les Zaydites au Yémen, les Alaouites en Syrie, les Druzes, sans oublier les Chiites du Liban… Quelle grande variété !

On pourra lire ensuite la 3ème partie concernant la « Géopolitique du Chiisme actuel » (pp. 111-152). D’une part, l’Iran y occupe une place prépondérante par son importance numérique par rapport aux autres Chiites. D’autre part, il est le seul état chiite depuis l’année 1501 (p. 114) tout en restant entouré d’un « océan de sunnites » (p. 126). L’Iran serait ainsi considéré par les sunnites comme un abcès. Ces autres pays sunnites vont donc tenter de s’organiser face à une menace éventuelle de l’Iran (p. 128) tandis que une même insécurité est ressentie de l’autre côté quand il est dit que les Iraniens « ont peur » (p. 148). De là, leur possible armement nucléaire comme force dissuasive face à des voisins agressifs. Tout ceci est de la géopolitique et en tant que tel, n’a rien de religieux. Mais le facteur religieux s’il n’est pas déterminant, est toujours là, en soubassement.

Le livre donne donc un aperçu très intéressant sur la situation aux Proche et Moyen Orient. L’Iran s’y est développé comme une grande puissance régionale avec une capacité de nuisance qui pourrait s’étendre par le biais de toutes les branches chiites dans les autres pays « véritable épée de Damoclès sur les autres régimes de cette région » (p.152)

Enfin ce petit livre sera très intéressant grâce aux 20 pages de repères chronologiques publiés en fin de volume et qui couvrent toutes les années de l’an 656 à l’année 2012.

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