De Coexister au tour du monde interreligieux, la fraternité radicale

En 2015, au retour d’un tour du monde interreligieux, il avait publié des chroniques sous le titre : « Tous les chemins mènent à l’autre » (Les Editions de l’Atelier, 208 pages). Trois ans plus tard, Samuel Grzybowski nous revient avec un témoignage sur ses dix ans d’engagement et d’amitié avec des jeunes juifs, chrétiens, musulmans et athées, auquel il a donné le titre de : « Fraternité radicale » (Les Arènes, 2018, 256 pages). Entre l’écriture de ces deux livres, un burn-out. A l’âge de 24 ans !

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En fait cet accident de la vie apparaissait déjà en filigrane dans son écrit de 2015 quand, au soir de Noël 2013, il évoque son impossibilité d’embarquer pour le Bangladesh à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle : « Mon corps ne veut pas, mon esprit encore moins. Je prends conscience de ce qu’un tour du monde implique d’efforts, de fatigue, d’usure, d’épuisement, de pressions auxquelles on n’est jamais soumis en France dans sa vie quotidienne. La promiscuité, la distance, l’inconnu, la saleté, l’absence de confort, le peu d’espace dans les sacs, je n’en peux plus, ça fait trop longtemps que ça dure » (2015, p. 118).

Quelques années plus tard, reprenant les mots de Frère Roger à propos de sa quête de fraternité entre les peuples et les croyants : « Toute recherche d’unité entre les hommes implique que l’on fasse d’abord l’unité en soi-même », il le confesse : « Morcelé, exténué et perdu, j’ai dû arrêter net, reprendre mon souffle et me retrouver » (2018, pp. 13-14). Il en résultera une année de césure, une longue pause, et ce livre de 2018 qui peut apparaitre comme une véritable thérapie où se côtoient une extrême fragilité et une force d’engagement hors du commun.

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En effet, tout en racontant son enfance et sa jeunesse, son engagement dans Coexister qu’il fonde avec des amis, ce premier InterFaith Tour où seront visités 70 villes de 40 pays et rencontrés 435 personnes ou groupes, et la naissance de Convivencia Conseil, Samuel Grzybowski se met à nu avec beaucoup d’humilité et de lucidité.

Il nous fait découvrir le parcours d’un jeune bien de son époque, aussi à l’aise dans les tribunes des ultras d’Auteuil pour soutenir le Paris Saint Germain qu’au Vatican avec le Cardinal Roger Etchegaray, à l’Elysée avec le Président de la République ou à Paris avec onze volontaires de toutes convictions religieuses pour Ensemble à sang %, première action de don du sang pour la paix. Mais à force d’être tout à l’action, sans cesse en éveil, remuant ciel et terre pour promouvoir des convictions partagées par des milliers de jeunes, ce même jeune devenu avec son association Coexister une référence et un modèle se voit confronter à la dure réalité de la vie humaine en société. Arrive en effet le jour où la polémique surgit, la jalousie grandit, les divergences apparaissent et la nécessité de se poser et de faire un bilan devient une nécessité. C’est ce que raconte Fraternité radicale dont le mérite est pluriel.

Ce témoignage issu des entrailles de son auteur permet de mesurer combien sont importantes l’éducation reçue pendant l’enfance et la transmission de valeurs proposées par les parents et les éducateurs. Elles tracent un chemin que l’adulte en devenir peut suivre ou rejeter. Elles sont des repères qui permettent à une liberté de se construire et à une maturité de se forger.

Il ouvre aussi à porter un regard de confiance et d’optimisme à l’égard d’une jeunesse prête à s’engager dans l’action, pour peu qu’on lui fasse confiance et qu’on lui laisse la possibilité d’innover et de traduire en faits ce qui apparait de prime abord comme des rêves.

Il nous offre enfin quelques perles à méditer.

Ainsi de la fraternité qu’il ne faut pas confondre avec l’amitié. « De quel mérite une fraternité pourrait-elle se targuer si elle ne rassemble pas en son sein des personnes avec qui il est difficile de s’accorder ? Si la fraternité n’est pas radicale, elle n’est pas vraiment fraternelle. La fraternité renvoie justement à la condition humaine de l’état de fait entre les femmes et les hommes du même genre humain. Par opposition à l’amitié qui découle d’un choix ou d’une adoption volontaire de l’autre, la fraternité renvoie au fait de ne pas choisir. Elle inclut naturellement toute personne, homme ou femme, dans un seul cercle. Ainsi, pour être réalisée, elle ne peut être que radicale, car elle est douloureuse parfois » (2018, p. 145).

Mais cette radicalité affirmée va-t-elle avoir pour conséquence que toute relation humaine sera vécue dans la perspective soit de servir un intérêt particulier ou collectif, soit de favoriser une interconnaissance ou une écoute de l’autre totalement gratuite ? Quand Josselin lui reproche son utilitarisme constant et lui lance un « Un ami, ça sert à rien », un chemin de conversion s’ouvre à lui et lui permet d’affirmer que « l’amitié est à la fraternité ce que la proximité est à la pudeur » (2018, p. 175). La relation est une fin en soi. La seule véritable finalité peut-être.

On l’aura compris. Chroniques et témoignage ne sont pas seulement au service d’une meilleure connaissance de l’aventure de Coexister et d’une réflexion sur l’interreligieux et l’interconvictionnel. Ils invitent aussi le lecteur à réfléchir à son propre mode de vie et au sens qu’il donne à l’existence dans un monde où émotion et satisfaction immédiate des désirs et besoins sont premières.

Vincent Feroldi

Samuel Grzybowski, Tous les chemins mènent à l’autre. Chroniques d’un tour du monde interreligieux, Les Editions de l’Atelier, 2015, 208 pages, 10 euros.

Samuel Grzybowski (avec Sophie Blandinières), Fraternité radicale, Les Arènes, 2018, 256 pages, 18 euros.

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