Fatiha Kaoues, Convertir le monde arabe. L’offensive évangélique

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Il serait difficile d’évaluer l’ensemble de cet ouvrage qui est une reprise de la thèse doctorale que l’auteure a travaillée et présentée en 2012. Celle-ci a ensuite été poursuivie par des recherches postdoctorale jusqu’en 2017. La lecture de ce livre est très enrichissante surtout pour tout ce qui concerne les relations interreligieuses. Il met en évidence la présence active des évangéliques, principalement américains. Ce livre peut aussi nous aider à comprendre la réaction d’une grande partie des Américains, hostiles à toute collaboration avec les musulmans, d’où qu’ils soient.

Nous le savons depuis longtemps, les conversions sont problématiques dans bien des cas, et plus spécialement dans le monde arabe. Cela provoque toujours ce que l’auteure qualifie de « bouleversements protéiformes ». Malgré cela, les conversions sont là. Dans sa préface, Olivier Roy nous indique qu’il y aurait près de 20.000 conversions au catholicisme et, à l’opposé, 200.000 conversions à l’islam.

Même si, dès 1830, la SMEP (Société des Missions Evangéliques de Paris) commence à agir en Algérie, ce sont surtout les évangéliques américains qui vont se manifester aux musulmans et aux catholiques orientaux du monde arabe.

Tout au début, ils cherchent à se démarquer du catholicisme lié aux croisades d’autrefois (p. 24). Puis ils développent une certaine mystique, convaincus qu’un mandat divin leur avait été assigné et que la culture américaine serait le véhicule idéal du christianisme (p. 37) Objectivement, ils ont peu de contacts effectifs avec les musulmans. Mais l’ensemble rentre dans leur imaginaire religieux, suscitant à la fois une curiosité et une répugnance (p. 26) Certains d’entre eux vont donc étudier l’Islam mais moins dans une démarche de connaissance que par un désir de mieux le démolir (p. 81). C’est dans ce contexte qu’ils vont s’efforcer de témoigner : on édifie par l’exemple et, après seulement, on explique la teneur du message (p. 61).

L’auteure nous invite ensuite à juger sur pièces les exemples de conversion. En 48 pages, elle nous présente dix récits de conversion au christianisme : des récits qui demandent à être lus et appréciés à leur juste valeur, non sans une certaine prudence. Le chiisme étant ouvert à la recherche, il n’est pas étonnant de trouver que la moitié des convertis qu’elle présente, soient des Chiites. Toute recherche mal encadrée peut devenir une porte ouverte à la conversion. En général, on comprend que ces conversions ne soient pas sans lourdes épreuves à traverser mais, finalement, beaucoup de ces nouveaux chrétiens se rejoignent pour souligner une meilleure vie sociale (p. 110) après une vie de famille trop bien réglée (p. 93) et sont heureux de se sentir maintenant maître de leur vie (p. 129). Voilà ce que l’on peut dire à propos de ces conversions telles qu’elles peuvent être vécues au « ras du sol ».

Mais qu’en est-il au plan des institutions ?

L’auteur nous parle d’une « offensive américaine ». Les Américains vont donc tout faire pour endommager l’aspect institutionnel de l’Islam. Ils font souvent un amalgame entre culture arabe et islam (p. 191). Ils font porter leur intérêt sur la sécurité et non sur la théologie ou la culture (p. 205). Ils tendent à propager une absolutisation de la différence qui devient alors un ressort essentiel de la xénophobie, du racisme et de ses variantes (p. 207). Tout ceci ne se fera pas sans mal, puisque les prédicateurs chrétiens et musulmans vont même s’affronter jusqu’à une certaine incitation à la violence confessionnelle (p. 166)

Ainsi va apparaître non seulement des évangéliques arabes comme le pasteur Tony Maalouf, mais aussi l’émergence d’un protestantisme arabe. Il s’agit de la « continuation d’une histoire complexe ; en somme d’une aventure partagée entre deux aires culturelles majeures du monde contemporain » (p. 228).

Les évangéliques américains sont définitivement anti-musulmans et donc anti-arabes et pro-israéliens. Leur objectif est d’inciter à la conversion et non à la promotion d’un dialogue interreligieux. Il semble que, pour eux, le monde arabe ou le monde musulman n’ait rien à leur apprendre.

Gilles Mathorel

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