POINTS DE REPERE
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HIJAB / VOILE ISLAMIQUE
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1) Repères historiques et traditionnels
1.1 – Cultures anciennes
Le voile n'est pas né avec l'islam ; il s'agit d'une coutume moyen-orientale et méditerranéenne bien ancienne. On retrouve le voile de tête pour les femmes, déjà dans la Mésopotamie ancienne. Dès 1200 av. J-C, des lois assyriennes en font un vêtement obligatoire pour les femmes de l’élite et les femmes mariées. Il est symbole d’honorabilité, comme plus tard aussi dans l’univers grec, romain ou byzantin.
Dans l’univers juif et chrétien ancien, le voile est prescrit pour les femmes en signe de pudeur et de respect pour Dieu, autant que pour le bon ordre de la communauté. La culture patriarcale s’en sert aussi pour garantir l’autorité masculine. L’islam est héritier de toutes ces traditions et valeurs attachées au voile de tête mais insistera plus fortement sur sa dimension religieuse.
1.2 – Un univers de sens symbolique
Par ailleurs, le voile ou foulard de tête, dans ses diverses formes, couleurs et circonstance a toujours un rôle symbolique et structure un certain ordre social et religieux : même dans les cultures non musulmanes
Il renvoie à la conception du sacré en marquant la frontière entre ce qui doit être tenu pour sacré, privé ou public. Il signale ce qui est de l’ordre de l’intime, ou ce qui est tabou. Il sert à préserver ce qui est honorable et précieux. Il peut marquer certaines étapes de la vie. Il signale aussi l’attachement à la pureté ou à la pudeur.
A l’époque moderne, on parle aussi du voile comme d’un outil d’affirmation de soi que des femmes utilisent pour pouvoir développer soit une piété active et publique, soit une activité sociale dans l’espace public, sans donner l’impression qu’elles contestent l’ordre social admis : on parle « d’agentivité du voile ».
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2) Dans les traditions musulmanes
2.1 - Dans la tradition islamique, le sens du hijab repose principalement sur deux sources: le Coran et les Hadiths (paroles et coutume du Prophète Muhammad)
- Le sens étymologique : Le mot hijab (حجاب) vient de la racine arabe h-j-b, qui signifie "cacher", "séparer" ou "faire écran". À l'origine, il désigne un rideau ou une séparation physique, et non un vêtement spécifique :
Le verset du « rideau » (Sourate 33, Verset 53) : Ce verset historique s'adressait d'abord aux épouses du Prophète. Il demandait aux invités de parler à ces dernières de derrière un rideau (hijab), pour préserver la pureté des cœurs. Elles étaient ainsi situées dans un statut social et spirituel élevé.
- Les versets sur le vêtement (Sourate 24, Verset 31 et Sourate 33, Verset 59) : Le Coran utilise le terme Khimar (voile qui couvre la tête) et demande de le rabattre sur la poitrine (juyub).
Il utilise aussi le terme Jilbab (manteau ou ample drap) pour que les femmes croyantes soient « reconnues et ne soient pas offensées ».
- L'évolution juridique (Fiqh) : Au fil des siècles, les juristes musulmans ont codifié la notion d'Awra (la partie du corps qui doit être cachée). Pour la majorité des écoles juridiques sunnites et chiites, cela a abouti à l'obligation de couvrir tout le corps de la femme, à l'exception du visage et des mains, en public.
Il est d’ailleurs à noter que lors du Hajj, le Grand Pèlerinage à la Mecque, non seulement femmes et hommes sont mélangés lorsqu’ils processionnent autour du Sanctuaire de la Kaaba, mais les femmes ont l’obligation de ne pas masquer leur visage.
- Au plan des valeurs morales et spirituelles, la pudeur a acquis une place très importante au moins dans les traditions arabo-islamiques. Elle renvoie à une attitude non provocante, mais aussi modeste et humble. Elle concerne les femmes comme les hommes dans l’islam.
2.2 – Le voile en France, que disent les enquêtes récentes ?
- PROPORTION DE FEMMES MUSULMANES VOILEES
D’après une étude de fin 2025 : chiffres issus d'une enquête IFOP (coordonnée par François Kraus) sur le rapport à l'islam et les pratiques religieuses des musulmans de France) :
Parmi la population de confession musulmane : Selon l'IFOP, 31 % des femmes musulmanes déclarent porter le voile en France (dont 19 % de manière systématique et 12 % de manière intermittente). L'INSEE évalue de son côté à 26 % la part des femmes musulmanes de 18 à 49 ans qui se voilent.
Seulement 2 % des femmes musulmanes portant le voile en France déclarent le faire sous la pression directe de leurs proches ou de leur entourage (IFOP). La proportion des femmes "contraintes de porter le voile" est clairement en baisse et montre qu'il relève massivement d’un choix libre et personnel. Mais il reste légitime de s’interroger sur les motivations des personnes. Il est également clair, d’après diverses études, que la perception du port du voile est très différente dans la population française globale (la proportion "perçue" est souvent nettement majorée) par rapport à la proportion réelle de femmes portant ce vêtement.
- MOTIVATIONS
L'étude (IFOP précitée) montre que le choix du vêtement repose en fait majoritairement sur des facteurs personnels, spirituels ou sociologiques :
L’intériorisation d’une conviction religieuses (80 % des femmes musulmanes) : Il est choisi comme un acte de piété personnelle.
La protection face au harcèlement de rue (44 % et 42 % des femmes) : ne pas attirer le regard des hommes (44 %), se sentir en sécurité dans l'espace public (42%).
L'affirmation identitaire (38 % des femmes) : Plus d'un tiers déclare aussi porter le hijab par fierté pour leur appartenance religieuse.
On note des différences générationnelles : Le port du voile est en baisse notable chez les femmes musulmanes les plus âgées (seulement 16 % des femmes de 50 ans et plus se voilent). À l'inverse, il est en forte progression chez les plus jeunes : 45 % des jeunes femmes musulmanes de moins de 25 ans déclarent porter le voile.
Il est donc souvent difficile de démêler les motivations révélant une militance idéologique, religieuse, spirituelle ou identitaire, du besoin d’affirmation de soi, de recherche d’une protection, d’un besoin d’appartenance au groupe etc…
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3) La revendication d’une liberté
de porter le voile ou de ne pas le porter
3.1 Arguments théologiques des penseurs réformistes
Les intellectuels réformistes comme le penseur tunisien Mohamed Talbi ou la chercheuse marocaine Asma Lamrabet proposent une relecture contextuelle des textes sacrés pour soutenir la liberté du choix:
L'absence d'obligation textuelle explicite : le Coran n'ordonnerait pas explicitement de couvrir les cheveux. Les termes coraniques (khimar, jilbab) désignaient des vêtements de l'époque préislamique et les versets viseraient la décence et la protection des femmes dans un contexte historique précis, non une prescription immuable.
L'inexistence de contrainte en religion soutenue par le verset coranique: « Nulle contrainte en religion » (Sourate 2, Verset 256). Ainsi, forcer une femme à porter le voile (comme en Iran ou en Arabie Saoudite) ou l'obliger à l'enlever est une violation directe de ce principe spirituel. La foi et la piété doivent relever d'un choix intime et sincère, dénué de toute coercition étatique ou familiale.
La déconstruction du patriarcat clérical : Le féminisme islamique affirme que les lectures majoritaires imposant le voile sont le produit d'une jurisprudence historique exclusivement masculine (Fiqh). Les féministes se réapproprient les textes pour démontrer que l'essence de l'islam est égalitaire et libératrice pour les femmes.
3.2 Les féministes musulmanes revendiquent un principe d'autonomie pour les femmes actives
Pour ces militantes, la liberté vestimentaire est le prolongement direct du droit des femmes à disposer de leur corps et elles défendent :
Le refus du contrôle des corps : Le mouvement féministe s'est historiquement battu pour que les hommes ou l'État cessent de dicter la tenue des femmes. Les féministes musulmanes appliquent ce principe de manière globale : interdire le voile (injonction laïque/étatique) ou l'imposer (injonction patriarcale/religieuse) procède de la même logique d'oppression. L'émancipation réside exclusivement dans le droit de choisir (cas de beaucoup de militantes iraniennes actuellement).
Le concept d'« Agentivité » : Contrairement à une vision occidentale classique qui perçoit le hijab uniquement comme un symbole d'aliénation, ces militantes affirment qu'il peut être un choix d'autonomie. Porter le hijab peut être une démarche spirituelle délibérée, un moyen de se réapproprier l'espace public sans être sexualisée, ou une affirmation de la dignité personnelle.