L’Histoire s’écrit à Abu Dhabi

logo

Du 3 au 5 février 2019, le pape François s’est rendu dans les Emirats arabes unis pour participer à une Conférence sur la fraternité humaine et rencontrer les chrétiens vivant dans la péninsule arabique.

Rien ne laissait présager que le 27ème voyage papal à l’étranger marquerait l’Histoire. Certes, tout le monde en mesurait l’aspect innovant puisque cela devait être la première fois qu’un pape allait fouler le sol de la péninsule arabique, à quelques centaines de kilomètres de l’Arabie saoudite, pays aux villes saintes de La Mekke et de Médine. Mais il s’inscrivait dans une continuité. Le pape n’avait-il participé en avril 2017 à la précédente rencontre internationale organisée par le Conseil des sages musulmans, au Caire, sur le thème de la paix, la coexistence et le dialogue interreligieux ? De fait, en arrivant dans la grande salle de conférence d’Abu Dhabi, un observateur averti ne pouvait que remarquer ce climat « familial » qui réunissait des responsables religieux et acteurs du dialogue venus du monde entier. De conférence en conférence, ils tissent non seulement des liens d’amitié et de confiance, mais se confortent inlassablement dans une responsabilité commune à l’égard de l’humanité, à savoir témoigner de ce que les religions doivent agir pour le bien commun de la Maison commune que Dieu a confié aux hommes. Le Pape venait donc poursuivre « en famille » un travail déjà initié. Sauf qu’il avait décidé avec le Grand imam d’Al-Azhar d’aller plus loin, plus vite ! Le lundi soir, au Founder’s Mémorial, il co-signa avec le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb, un Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune qui marquera l’Histoire, aussi bien celle des hommes et femmes du monde entier que celle des dialogues islamo-chétien et interreligieux.

abu_dhabi_meeting_pape_feroldi

En effet, dans l’avion qui le ramenait à Rome, le Pape lui-même donna des précisions sur le travail de préparation de son voyage et de ce texte, comme le rapporte Nicolas Senèze, l’envoyé spécial du quotidien La Croix. Le pape montre ainsi toute l’importance qu’il y a à cultiver des liens de proximité avec autrui. Ce texte sur la fraternité, a dit le pape, est « né de la foi en Dieu qui est Père de tous et Père de la paix ». Il a été très réfléchi, faisant l’objet de nombreux allers et retours entre Rome et Le Caire. « Nous l’avons laissé mûrir de manière un peu confidentielle pour ne pas accoucher de l’enfant avant son terme », a-t-il expliqué, soulignant le rôle de la prière : « Tant le Grand imam que moi avons beaucoup prié pour ce texte ». Il a aussi souligné qu’il avait confié la relecture de ce document à plusieurs théologiens, dont le théologien de la Maison pontificale, « qui l’a approuvé ». « Il est dans l’esprit de Vatican II », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que sa mise en œuvre sera difficile. « Il est certain qu’il y aura des discordances, mais c’est un procesabu_dhabi_signature_Document_imam_feroldi1sus qui doit mûrir. Comme les fruits. Tous les processus débutent à un moment ou à un autre. Il faut toujours avancer, accompagner ces processus, quelle que soit leur couleur. Ce sont des pas en avant ».

Voilà pourquoi, il est écrit dans le texte : « A cette fin, l’Eglise catholique et Al-Azhar, par leur coopération commune, déclarent et promettent de porter ce Document aux Autorités, aux Leaders influents, aux hommes de religion du monde entier, aux organisations régionales et internationales compétentes, aux organisations de la société civile, aux institutions religieuses et aux Leaders de la pensée ; et de s’engager à la diffusion des principes de cette Déclaration à tous les niveaux régionaux et internationaux, en préconisant de les traduire en politiques, en décisions, en textes législatifs, en programmes d’étude et matériaux de communication. Al-Azhar et l’Eglise Catholique demandent que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers ». Ainsi, dès le début du deuxième semestre de l’actuelle année universitaire 2018/2019, tous les Instituts dépendant de l’Université Al-Azhar sont invités à y consacrer leurs premiers cours.abu_dhabi_signature_Document_pape_feroldi1

Tout le monde tirera donc profit d’une lecture approfondie de ce texte. Il trace vraiment un chemin d’avenir et il faudra nécessairement et sans tarder traduire en actes comme l’ont bien souligné patriarches et évêques des Proche et Moyen Orient rencontrés à Abu Dhabi. De plus, ce texte a été signé par deux personnes qui n’ont pas nécessairement le même statut par rapport à leur communauté. En effet, comme le déclarait dans La Croix du 5 février 2019 Nayla Tabbara, théologienne libanaise, vice-présidente de la fondation Adyan et présente à la Conférence : « il n’y a pas de représentant de l’islam de la même manière que le pape est le représentant de l’Église catholique, mais le recteur d’al-Azhar représente la tendance théologique acharite, la plus répandue dans le monde sunnite. Cela en fait une autorité symbolique et morale, une figure centrale et rassembleuse. Tout le cérémonial autour de la rencontre avec le pape était d’ailleurs destiné à promouvoir le cheikh Ahmed Al Tayeb comme représentant de l’islam, en contrepoint d’une tendance salafiste minoritaire mais surmédiatisée ». Cela apparut aussi nettement le lundi soir quand, au Founder’s Memorial,  le prince héritier d’Abou Dhabi, le cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, invita le Pape et le Grand imam à inaugurer le début des travaux de la future « Maison de la famille d’Abraham » à Abu Dhabi en posant leur signature sur la première pierre de l’édifice.

abu_dhabi_maison_abraham1_DR

Les discours du Pape François et du Grand Imam et le Document sur la Fraternité en téléchargement

Agenda

En dialogue

ED9-COUVERTURE

Le mariage islamo-chrétien

le-mariage_col-droite

Twitter