Nous nous engageons !

En décembre 2013, dans une « Lettre ouverte aux jeunes de France », les participants au 3ème Forum islamo-chrétien ont proposé qu’ensemble, hommes et femmes de toutes générations et de toutes cultures promeuvent une société de liberté, d’égalité et de fraternité, fondée sur la reconnaissance de la diversité, le respect mutuel et la justice.

Aux jeunes, ils ont lancé cet appel :
À vous, jeunes croyants en Dieu, nous disons : « Ne soyez pas naïfs ! Soyez vigilants ! Dans l’épreuve, restez en accord avec vos valeurs humaines et fidèles à votre foi ! Vous appuyant sur la fidélité de Dieu, soyez artisans de paix ! »
À vous, tous les jeunes, nous disons : « Soyez des citoyens responsables ! Exercez votre liberté de manière active et réfléchie ! Travaillez à tisser des liens dans le respect des valeurs qui fondent notre République. »

Près d’un an plus tard, en regardant les événements de l’année 2014, force est de constater que les foyers de tension et d’absolutisation n’ont cessé de croître et que les chemins pris par les jeunes de France ont été divers.
La paix a fait place à la guerre civile ou aux conflits entre les peuples dans des pays comme ceux de l’Afrique subsaharienne, comme l’Ukraine, la Birmanie, la Libye, Israël et Palestine, l’Irak et la Syrie. Nous venons même d’assister au Proche-Orient à l’entrée en guerre de la France au sein d’une coalition d’une quarantaine de pays. Le terrorisme et l’instabilité ont progressé dans la zone sahélienne et dans l’Afrique subsaharienne, parfois même « au nom de Dieu » ! Ainsi, en Centrafrique, animosité et haine de l’autre ont remplacé l’entente entre chrétiens et musulmans.

Persécutions, arrestations, viols, exécutions sommaires, telles ont été les exactions commises par l’organisation « Daesh », à l’encontre des civils en Irak et en Syrie parmi les musulmans chiites ou sunnites, les chrétiens, les Yézidis, les Kurdes, les Turcomans, les humanitaires, les journalistes et les reporters. Plus près de nous, en Algérie, le 24 septembre dernier, a été assassiné notre compatriote Hervé Gourdel. En France même, au regard des événements internationaux et sous l’emprise des clichés médiatiques, des personnes en sont venues à exprimer publiquement le rejet de l’autre. Certains sont même parfois passés à l’acte.

Lors de récentes manifestations, on a entendu dans les rues de nos villes cette invective : « Mort aux Juifs ! ». Des églises et des calvaires ont été profanés. Les actes islamophobes se sont multipliés et banalisés. Des tags sont apparus avec cette inscription : « Mort aux Musulmans ! ».
Avec inquiétude, nous observons la montée de l’extrémisme, parfois même violent, chez des jeunes marginalisés, la dérive de quelques centaines de jeunes musulmans de France, présents en Irak et en Syrie aux côtés des terroristes de « Daesh », et le désir d’autres d’aller les rejoindre dans les zones de combat.

Mais tout n’est pas ténèbres. Familles et services de l’Etat ont fini par mesurer la gravité de ces situations. Des actions significatives sont en cours pour interpeller les responsables de ces recrutements et empêcher jeunes filles et garçons de se rendre en ces endroits. Des jeunes vivent leur citoyenneté de manière constructive, au sein d’associations et de mouvements, par exemple dans le scoutisme, les clubs sportifs ou l’association interreligieuse Coexister ! Ils témoignent de ce que le dialogue et l’interconnaissance sont aujourd’hui, plus que jamais, nécessaires pour désamorcer cette situation explosive qui pousse les gens à vivre dans la peur et la crainte et à trouver refuge dans les options les plus extrêmes.

Ce regard sur notre époque et sur la vie de nos contemporains doit nous interroger sur nos propres responsabilités.

Avons-nous été assez vigilants ?

Avons-nous été suffisamment des veilleurs, prêts à dénoncer et à lutter, avec d’autres, contre les injustices de nos sociétés ?

Avons-nous été en capacité à donner aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui du sens à leur vie, au sein de nos traditions religieuses ?

Avons-nous été profondément des croyants libres et engagés, habités du souffle de Dieu, prêts à témoigner de la fraternité des hommes et à agir pour elle, conformément à nos Ecritures ?

Avons-nous été suffisamment des croyants miséricordieux pour aimer le bien et le vouloir sincèrement pour tous les humains, comme nous le demande notre Seigneur ?

Avons-nous suffisamment jeté de ponts entre nos différentes communautés, créé des espaces d’échange et de rencontre, et renforcé la dimension d’entre-connaissance ?

Avons-nous vraiment veillé à apaiser les relations entre toutes les composantes de la nation ?

Reconnaissons humblement que les événements actuels ne sont pas que la faute des autres. Par le silence ou l’indifférence des uns, la compromission des autres et les louvoiements en matière de stratégies politiques et d’idéologies religieuses, nous portons une part de responsabilité.

 

arton12241 d4828Aujourd’hui, avec force, à travers différents appels et déclarations, les principaux responsables des communautés juives, chrétiennes et musulmanes ont dénoncé les violences à l’égard des minorités et reconnu le droit à tous de pouvoir rester et vivre librement sur leurs terres, dans la dignité et la sécurité, et à pratiquer leur foi. Mais il nous faut aller plus loin, à savoir nous engager ensemble, juifs, chrétiens et musulmans, là où nous vivons, à œuvrer au quotidien pour être des artisans de paix et de justice, pour faire reculer l’extrémisme, la persécution et le mépris de l’autre. Aussi :

  • Nous, diacres, évêques, imams, muftis, prédicateurs laïcs, pasteurs, prêtres, rabbins, nous nous engageons à travers nos prédications à promouvoir le respect de l’autre croyant et à inviter nos fidèles à être des citoyens actifs pour contribuer à une société fraternelle et solidaire ;
  •   Nous, enseignants, formateurs, éducateurs et catéchètes, nous nous engageons à favoriser auprès des enfants et des jeunes l’ouverture, le respect et la connaissance des autres cultures ;
  • Nous, responsables d’institutions et de mouvements, nous nous engageons à favoriser l’écoute, le dialogue et le débat franc et respectueux qui conduit à l’estime mutuelle ;
  • Nous, écrivains, journalistes, responsables de publication, nous nous engageons à développer dans nos médias une culture de paix et de citoyenneté, et à relayer toute initiative, action ou information invitant à la fraternité humaine ;
  • Nous, élus et militants politiques, nous nous engageons à respecter, défendre et promouvoir, concrètement et pour tous, les valeurs qui fondent notre République : Liberté, Egalité, Fraternité ;
  • Nous, syndicalistes, ouvriers, artisans et chefs d’entreprise, nous nous engageons à soutenir les projets qui permettent aux jeunes de s’ouvrir aux autres, pour aller au-delà des idées reçues, s’enrichir des différences et trouver leur place dans la société ;
  • Nous, artistes, cinéastes et réalisateurs, nous nous engageons à initier et promouvoir des spectacles musicaux, films et pièces de théâtre qui promeuvent la culture du dialogue, l’écoute de l’autre et l’acceptation des différences ;
  • Nous, intellectuels, éditeurs et penseurs, nous nous engageons à encourager toutes les initiatives de rencontres (forum, colloque, débat…), publications et espaces de réflexion qui favorisent le vivre-ensemble et luttent contre toutes les formes de rejet et d’extrémisme ;
  • Nous, parents, nous nous engageons à transmettre à nos enfants ces valeurs millénaires que nos textes sacrés nous ont transmis, tel que le pardon, la miséricorde et la fraternité ;
  • Nous, militants associatifs de tous horizons, nous nous engageons à développer les activités, loisirs et rencontres susceptibles d’apporter aux jeunes et aux enfants l’équilibre psychologique, spirituel, physique et intellectuel dont ils ont besoin.

Vous qui lisez ce texte, qui veut être une charte à l’engagement concret au quotidien, soyez nombreux à nous rejoindre ! Ainsi, croyants, citoyens, de toutes générations, nous nous engagerons ensemble, dans notre quotidien, à favoriser des attitudes de dialogue et de respect de l’autre pour construire ensemble un monde de paix.

Lyon, place Bellecour, le mercredi 1er octobre 2014

Les responsables religieux des différentes communautés de Lyon :

Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon
Père Eklemandos, Eglise copte orthodoxe
Révérend Ben Harding, Eglise anglicane de Lyon
Père Garabed Harutyunyan, Eglise apostolique arménienne
Monsieur Kamel Kabtane, recteur de la Grande mosquée de Lyon
Père Nicolas Kakavelakis, Eglise orthodoxe grecque de Lyon
Monsieur Joël Rochat, président du Consistoire du Grand Lyon de l’Eglise protestante unie de France
Monsieur Richard Wertenschlag, grand rabbin de Lyon

- La liste de tous les signataires est disponible sur le site diocésain du comité pour le dialogue interreligieux.

- Pour signer l’appel en ligne : l’Appel des 110

- Contacts :
gaci.azzedine@gmail.com
er.maire@free.fr
vincent.feroldi@laposte.net

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